L’eau, la santé et l’Ayurveda

L’Ayurveda ( la « sagesse de la vie » ), ancienne médecine de l’Inde, décrivait l’eau comme l’un des cinq éléments fondamentaux de la manifestation : l’éther, l’air, le feu, l’eau et la terre. L’école médicale ancienne décrivait ces éléments (Bhutas ) selon leurs qualités intrinsèque et leur essence spirituelle. L’eau (Ap Dhatu en sanscrit ) est ainsi décrite comme possédant les qualités suivantes :

« Pure par nature, substantiellement stable, cohérente, rafraîchissante et bénéfique au corps ».

En fait, la description des propriétés thérapeutiques de l’eau va surprendre le lecteur moderne. S’il est certes question de différentes propriétés selon la provenance des eaux (eau minérales ou eaux de pluie et de puits), c’est plutôt la « préparation » de l’eau qui va donner à la description ayurvedique toute sa subtilité.

L’eau comme nectar

Les plus anciens traités de l’ayurveda exposant l’utilité thérapeutique et diététique des eaux datent de quelques siècles avant notre ère, l’âge d’or de l’ayurveda. Ces données seront ensuite énoncée de nouveau, dans la synthèse bouddhiste qu’offre le corpus de la médecine tibétaine.

Ce sont des descriptions précises et simples que l’on trouvera difficilement dans les textes de la diététique moderne. Les propriétés bienfaisantes de l’eau y sont disséquées sous un angle à la fois pragmatique, empirique et énergétique. Le langage employé se réfère à une terminologie cohérente et spécifique à l’Ayurveda. L’action de l’eau sur les trois constitutions (Doshas), les sept tissus (Dhatus) et les éliminations naturelles (Malas) y est exposée minutieusement, ainsi que les indications et contre-indications dans les différentes familles de maladies.

Dans le Tripitaka, le Bouddha conseille la consommation de huit types de boissons médicinales avec des jus de fruits (Mangue, pomme, raisin, banane…), des jus de plantes et de fleurs, et du sucre de canne. Aucune mention de l’eau pure n’est faite dans ces textes.

Propriétés des différentes sortes d’eau

Les textes ayurvédiques considèrent deux sortes principales d’eau comestible : celle qui tombe du ciel directement sous forme de pluie, et celle qui jaillit des sources. D’autres différenciations étaient effectuées selon les modalités de jaillissement de l’eau : torrent, rivière, source, puits, pluie tombée la nuit ou le jour etc…

Voici cette description traditionnelle telle qu’elle apparaît dans les textes anciens :

« L’eau de torrent et de rivière, si elle est pure, stimule le feu digestif (Agni), elle donne la joie intérieure, les thérapeutes la considèrent comme tonique et bonne pour la santé.

L’eau d’une source jaillissante est d’énergie chaude et de qualité légère, elle chasse le vent pervers (Vata), elle stimule la Bile et calme la soif et la fièvre, elle ne convient pas à ceux qui souffrent de lésion cutanées et de fatigue chronique.

L’eau d’une source « calme » chasse le Flegme (Kapha) et elle est bienfaisante dans les troubles cardiaques. Elle est bonne contre le prurit, la tuberculose et les troubles trois humeurs (Doshas).

L’eau de puits est de même nature que le Flegme, elle produit souvent des troubles. Elle peut faire apparaître hoquets, fièvres, douleurs, dégoût de la nourriture et maladies de la peau. »

Cette brève description nous montre l’intérêt des anciens pour les transformations de l’eau sous l’influence d’énergies naturelles.

Les vibrations de l’eau bouillie

Il semble que le facteur vibratoire de l’eau soit à prendre en considération. Ce sentiment sera renforcé a lecture des textes concernant la « préparation » de l’eau. L’eau stagnante est considérée comme appauvrie et source de fièvres. Si nous pouvons parfaitement comprendre le problème bactériologique causé par la stagnation de l’eau, la qualité vibratoire et la « fraîcheur » de la capture de l’eau ne sont plus pris en considération aujourd’hui par les diététiciens modernes. Qui de nos jours capte l’eau du torrent et la consomme le jour ? Qui recueille encore l’eau qui s’écoule sur les pentes de son toit ? L’Ayurveda conseille anis de modifier la qualité vibratoire de l’eau soit par une exposition aux éléments naturels, soit en élevant les vibrations de celle-ci par la cuisson :

« L’eau réchauffée une journée par les rayons du soleil et rafraîchie une nuit par ceux de la lune combat toutes les maladies. Elle régule le vent (Vata), la bile (Pitta) et le Flegme (Kapha), elle tonifie le feu digestif et purge les urines. Elle lutte contre la toux et fortifie les yeux. »

C’est pourquoi la préparation de l’eau revêt une extrême importance dans l’optique ayurvédique. Ceux qui connaissent des Tibétains se remémoreront les fréquents besoins des moines en eau chaude; en fait en eau chaude d’abord bouillie puis tiédie. On pense souvent que cette habitude vient uniquement de la difficulté de se procurer de l’eau exempte de microbes. Si cette dernière doit être prise en considération, elle n’est pas la raison principale d’ingestion d’eau bouillie.

Les vers suivants (Sutras), extraits d’un texte ayurvédique ancien vont nous le montrer :

« L’eau chaude bouillie puis tiédie fait digérer ce qui est mal digéré.

L’eau froide, non chauffée réduit les dommages causées par les alcools forts aux trois humeurs. »

Préparation de l’eau bouillie énergétique

La préparation de l’eau bouillie et ses différentes propriétés est la suivante :

« L’eau bouillie réduite d’un quart (par évaporation) combat les troubles des vents, réduite à moitié elle combat les troubles de la bile et réduit à un quart (les trois quarts sont évaporés) combats les troubles du Flegme. L’eau bouillie puis tiédie  est ainsi à même de combattre les maux occasionnés par les trois humeurs. »

Il est encore précisé que l’eau bouillie puis tiédie fait merveille dans les refroidissements, les rhumes, la lenteur digestive, les oedèmes et la faiblesse.

Et l’eau fraîche (non bouillie ) est indiquée seulement dans certains troubles de la bile (l’alcoolisme en particulier).

Un temps pour boire

L’Ayurveda précise encore les meilleures périodes pour boire l’eau, c’est à dire : pendant la digestion, ou elle « agit comme un remède », ou bien au beau milieu du repas, en petite quantité, ou elle active la digestion. Il est par contre déconseillé de la boire avant les repas, car elle diminue la capacité digestive.

L’eau est ainsi bue lentement, l’esprit au calme comme s’il s’agissait d’un aliment ou d’une potion bienfaisante. Il est enfin précisé que l’on ne doit jamais boire rapidement sous l’influence de la colère, ou lors d’une grande fatigue. Il n’est pas question, dans l’Ayurveda d’une quantité minimale nécessaire quotidienne. On peut supposer que dans les périodes antiques ou l’Ayurveda fleurissait, on été encore capable , d’instinct de reconnaître nos vrais besoins!

L’Ayurveda nous rappelle encore une ancienne coutume qui considérait l’eau comme vitale et que les préceptes anciens précisaient qu’on ne devait jamais refuser de l’eau.

Gérard Edde

Bibliographie

Nouveau traité d’Ayurveda de Gérard Edde (Editions Guy Trédaniel)

Charaka Samhita Traduction anglaise de Bhagwan Dash ( Editions Chowkhamba)

Haritasamhita Traductions Alix Raison (Institut français d’Indologie)

Note importante

Compte tenu de la législation, nous vous rappelons que ces articles ne peuvent en aucun cas être considérés comme un enseignement médical ou paramédical. Il s’agit simplement d’enseignements traditionnels d’hygiène dont l’application reste l’entière responsabilité et compétence du lecteur. En cas de doute un avis médical est recommandé.

Publié par institutdragonceleste

Auteur, Formateur en Qigong, Tao, Médecine Traditionnelle Chinoise, Daoyin, Neidan, Ayurveda,

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